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Richard WRIGHT est né le 4 septembre 1908 dans le Mississippi et mort le 28 novembre 1960 à Paris. Ecrivain et reporter, il s’est fait connaître avec son livre « Un enfant du Pays », sa première œuvre qui s’est très rapidement écoulée dès sa parution en 1938. Il écrit en 1940 un roman autobiographique « Black Boy » que nous vous proposons d’étudier quelques extraits.
Dans ce roman, R.WRIGHT raconte sa découverte de la vie, l’enchaînement des évènements tragiques qu’ont subit ses proches. Il prend alors vite conscience du climat de terreur dans lequel il vit, et le racisme à l’encontre des Noirs. Il se rend compte qu’il n’a pas une grande liberté, et refuse de comprendre et d’admettre les conditions dans lesquelles il vit. A 14 ans, il publie un article polémique dans un journal local. Dès sa parution, sa famille et ses amis s’éloignent de lui car il a osé avouer ce que les autres pensent tout bas : Les Droits des Noirs.C’est alors qu’il part se réfugier à Chicago pour trouver du travail.
C’était le numéro de la semaine écoulée ; la caricature représentait un énorme Nègre, au visage gras et luisant de sueur, aux lèvres épaisses, au nez épaté, aux dents en or, assis sur un fauteuil tournant devant un immense bureau magnifiquement astiqué. Confortablement installé dans son fauteuil, il avait posé sur le bureau ses pieds chaussés de souliers d’un jaune éclatant. Ses lèvres épaisses hébergeaient un gros cigare noir terminé par un bon pouce de cendres blanches.
Sur la cravate à pois rouges, une extravagante épingle en fer à cheval étincelait de tous ses feux. L’homme portait des bretelles rouges, sa chemise était de soie rayée, et d’énormes bagues de diamants ornaient ses gros doigts noirs. Une chaîne d’or ceignait son ventre et de son gousset pendait une patte de lapin porte-bonheur. Par terre, à côté du bureau, se trouvait un crachoir débordant de mucosités. Accrochée au mur, une pancarte clamait :
LA MAISON BLANCHE
Sous la pancarte se trouvait le portrait d’Abraham Lincoln, les traits déformés pour le faire ressembler à un gangster. Mes yeux se portèrent sur le haut du dessin et je lus :
LE SEUL REVE DU NEGRE EST DE DEVENIR PRESIDENT DES ETATS-UNIS
ET DE COUCHER AVEC DES BLANCHES ! AMERICAINS, PERMETTREZ-VOUS
CE SACRILEGE DANS NOTRE BEAU PAYS ?
ORGANISONS-NOUS ET SAUVONS LA FEMME BLANCHE DE LA DEGRADATION !
J’écarquillais des yeux effarés, m’efforçant de saisir l’idée et la légende de l’illustration, me demandant pourquoi tout cela me semblait si étrange et pourtant si familier.
« Tu sais ce que ça veut dire ? me demanda l’homme.
-Mince alors … non j’sais pas, avouai-je.
-Tu as déjà entendu parler du Ku-Klux-Klan ? me demanda -t’il en baissant la voix.
-Je comprends. Pourquoi ?
-Tu sais ce que les types du Klan font aux gens de couleur ?
-Ils nous tuent. Ils nous empêchent de voter et d’obtenir de bonnes places, répondis-je
.-Eh bien, le journal que tu vends prêche les doctrines du Ku-Klux-Klan. -Oh non, m’exclamais-je.
-Tu l’as entre les mains, mon petit, fit-il.
-Je lis le supplément mais jamais le journal, dis-je vaguement, fortement ébranlé par ce que je venais d’apprendre.
-Ecoute, mon petit gars, fit-il. Tu es jeune garçon noir et tu tâches de te faire quelques sous. Parfait. Je ne veux pas t’empêcher de vendre ces journaux, si tu tiens à les vendre. Mais ça fait 2 mois que je les lis et je sais ce qu’ils veulent. En les vendant, tu pousses tout simplement les Blancs à te tuer.
-Mais ces journaux viennent de Chicago », protestai-je innocemment, complètement perdu maintenant que ma confiance en la stabilité du monde s’était évanouie, et pénétré soudain du sentiment que cette propagande raciale ne provenait sûrement pas de Chicago, la ville où les Nègres se réfugiaient par milliers.
« Peu importe d’où vient ce journal, fit-il. Ecoute seulement ça. » Il me lut un long article qui préconisait passionnément le lynchage en tant que solution du problème noir.
Mais même en l’entendant lire je ne parvenais pas à le croire. « Faites voir », dis-je.
Je lui pris le journal des mains et je m’assis au bas des marches ; à la lumière pâlissante du crépuscule, je le feuilletai et je lus des articles si violemment antinègres que j’en eus la chair de poule.
Ca te plaît ? fit-il.
-Non, m’sieur, répondis-je dans un souffle.
-Tu comprends ce que tu fais ?
-Je ne savais pas, balbutiai-je.
-Tu vas recommencer à vendre ces journaux ?
-Non, m’sieur. Plus jamais.
-J’avais entendu dire que tu étais un garçon intelligent, à l’école ; en lisant ces journaux que tu vendais, je ne savais plus quoi penser.
Alors je me suis dit : « Sûrement ce garçon ne sait pas ce qu’il vend là. » Je dois dire qu’il y a un tas de gens qui voulaient t’en parler, mais ils n’osaient pas. Ils croyaient que tu étais peut-être de mèche avec ces Blancs du Klan et que s’ils te disaient d’arrêter de vendre ces journaux, tu les dénoncerais. Mais moi j’ai dit : « cette blague ! Il ne sait ce qu’il fait, ce garçon. » »
Je lui tendis sa pièce de dix cents, mais il ne voulut pas la prendre. « Garde les dix cents, mon petit. Mais bon sang, trouve autre chose à vendre. »
Je n’essayai plus de vendre de journaux, ce soir-là ; je rentrai chez moi, les journaux sous mon bras, m’attendant à chaque instant à voir un Nègre surgir derrière un buisson ou une clôture pour m’attirer dans un guet-apens.
Comment diable avais-je pu commettre une telle erreur ? […]
Dans cet extrait, les Blancs manipulent les Noirs afin de les discriminer encore plus. Ici Richard vends des journaux racistes et ne le sait même pas, tout cela pour avoir un peu d’argent de poche. Les gens qui achètent le journal n’osent rien dire de peur qu’il ne soit des représailles du KKK puisqu’ils ont fournis le journal mais ils oublient que la communauté noire peut aussi s’en prendre au jeune enfant puisqu’il contribue à leur mal-être. Richard Wright ne pensait pas mal puisque le journal vient de Chicago, un état du Nord. Lorsque l’homme lui demanda d’analyser la première page, le jeune homme ne comprenait pas directement. Un noir très riche y est caricaturé avec des dans en or costume, cigare… et la photo de Lincoln déformé pour qu’il ressemble à un gangster. Le texte accompagnant la photo est très explicite, les noirs veulent dominer les Etats Unis et avoir des femmes blanches. La suite du journal est tout autant effrayante.
Le Sud blanc prétendait qu’il connaissait les « moricaud », et j’étais ce que le Sud blanc appelait un « moricaud ». Mais le Sud blanc ne m’avait jamais connu, n’avait jamais su ce que je pensais, ce que je sentais. Le Sud blanc prétendait que j’avais une « place » dans la vie. Mais là-bas je ne m’étais jamais senti à la « place » que le Sud blanc m’avait assignée. Jamais je n’avais pu me considérer comme un être inférieur. Et aucune des paroles que j’avais entendues tomber des lèvres des Blancs n’avait pu me faire douter réellement de ma propre valeur humaine. Il est vrai que j’avais menti. J’avais lutté pour contenir une colère envahissante. Je m’étais battu. Et c’était peut-être par pur hasard que je n’avais jamais tué… Mais de quelle façon le Sud m’avait-il permis d’être naturel, d’être réel, d’être moi-même sinon dans la négation, la rébellion et l’agression ? Non seulement les Blancs du Sud ne m’avaient pas connu mais, fait plus important encore, la façon dont j’avais vécu dans le Sud ne m’avait pas permis de me connaître moi-même. Etouffée, comprimée par les conditions d’existence dans le Sud, ma vie n’avait pas été ce qu’elle aurait dû être. Je m’étais conformé à ce que mon entourage, ma famille – conformément aux lois édictées par les Blancs qui les dominaient – avait exigé de moi, j’avais été le personnage que les Blancs m’avaient assigné. Je n’avais jamais pu être réellement moi-même, et j’appris peu à peu que le Sud ne pouvait reconnaître qu’une partie de l’homme, ne pouvait admettre qu’un fragment de sa personnalité, et qu’il rejetait le reste – le plus profond et le meilleur du cœur et de l’esprit – par ignorance aveugle et par haine. Je quittais le Sud pour me lancer dans l’inconnu, à la rencontre de situations nouvelles qui m’arracheraient peut-être d’autres réactions. Et si je pouvais trouver une vie différente, alors peut-être pourrais-je, lentement et graduellement, apprendre qui j’étais, et ce que je pourrais devenir. Je quittais le Sud non pour oublier le Sud, mais afin de pouvoir un jour le comprendre, savoir ce que ses rigueurs m’avaient fait, à moi et à tous ses enfants. Je fuyais pour que fonde cette insensibilité consécutive à des années de vie défensive et pour pouvoir sentir (beaucoup plus tard et loin de là) les cicatrices douloureuses laissées par ma vie dans le Sud.
Les blancs du Sud les appelaient par un terme raciste « moricaud ».
Comme Richard Wright l’explique, ils ne cherchaient pas à les connaitre, les blancs ne jugent que sur l’apparence et ne se contente que de la couleur de la peau. Les Blancs rejettent tout ce qui peut y avoir de bon en eux.
Les Blancs ont causés chez les Noirs un complexe d’infériorité et de personnalité, ils ne pouvaient pas exprimer leurs états d’esprits, qui ils sont vraiment puisqu’ils étaient déjà assigné dans une catégorie et développe une colère, une rebellion qu’ils n’avaient pas en eux.
Il décide de partir au Nord, qui a gagné la guerre de Sécession en espérant un meilleur avenir.
